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Trois romans, trois autrices

Quelques lectures que j'ai diversement appréciées sans pour autant estimer qu'un billet pour chaque était nécessaire.


Le sang des fleurs - Johanna Sinisalo

Le sang des fleurs - Johanna Sinisalo (roman / SF / fanstastique / Finlande)
J'avoue qu'une histoire de dimension parallèle me laissait franchement perplexe mais après deux lectures de cette autrice (en plus de Avec grâce et docilité, j'ai lu Oiseau de malheur que je n'ai pas chroniqué), j'avais envie de poursuivre l'exploration de son oeuvre (qui se limite à quatre romans en français). Ici, il est question d'abeilles et de leur disparition (comme dans Une histoire des abeilles de Maja Lunde). 
Sinisalo est très engagée, sur un plan écologique notamment, et ce livre est une réussite sur cette question. Autant le récit en lui-même ne m'a pas convaincue, autant les fausses pages d'un blog animaliste (et ses excellentes "Réflexions sur notre rapport aux animaux"), le niveau de la réflexion et le message général sont d'une qualité indéniable. C'est pas mal poétique aussi mais cet aspect m'a peu touchée.
Ultra-contemporain mais pas opportuniste pour autant. A recommander !


En toute impunité - Jacqueline Harpman

En toute impunité - Jacqueline Harpman (roman / Belgique)
C'est le billet d'Anne qui m'a donné envie de découvrir ce roman.
En toute impunité, c'est d'abord une ambiance liée à un lieu et à des personnages. C'est aussi une voix qui sait tenir le lecteur, et un ton plein d'humour. Enfin, c'est un sens du suspense.
Très prenant, quasi-hypnotique et, en même temps, le souvenir s'évanouit vite.
Sur le fond, très bonne analyse de la passion comme j'en ai rarement lu depuis mon année de Terminale.


Autumn - Ali Smith

Autumn (non encore traduit en français) - Ali Smith (roman / Grande-Bretagne)
Chaque nouveau livre d'Ali Smith est un événement, même quand le précédent a moyennement convaincu. J'avais lu pas mal de billets élogieux sur les blogs anglophones et le livre est dans la shortlist du Booker (comme c'est souvent le cas avec les romans de Smith) : il y a pire comme CV.
Hélas, je n'ai pas été charmée. L'histoire est éclatée, difficile à suivre aussi bien sur un plan temporel que thématique ou simplement narratif. J'en ressors sans avoir compris les intentions de l'autrice que j'ai trouvé très brouillonne (une pincée de féminisme, une autre de politique - l'action contemporaine se situe dans la Grande-Bretagne post-Brexit, et plein d'autres sujets "au milieu").
J'attends donc de lire Winter pour voir si la lumière se fait dans mon esprit.

oOo

Je suis plongée dans plusieurs livres passionnants et reviendrai donc avec des billets complets dans les semaines à venir mais j'avoue m'essouffler un peu et chercher une nouvelle formule, ici ou ailleurs.
Les abonnés à la newsletter seront tenus informés de tout changement.

Le labyrinthe d’une vie – Adam Foulds

Le labyrinthe d’une vie  – Adam Foulds
Le labyrinthe d’une vie  – Adam Foulds
 (The Quickening Maze, 2009)
Piranha, 2017, 224 pages
Traduction d’Antoine Cazé


Nous sommes au milieu du XIX, dans la campagne anglaise. John Clare, poète paysan qui a connu le succès, est interné volontairement dans l’asile du Dr Allen. Au même moment, Alfred Tennyson, poète en pleine ascension, accompagne son frère qui doit être interné. Il y a aussi Hannah, dix-sept ans, fille du Dr Allen, qui s’entiche de Tennyson mais surtout qui cherche sa place dans la vie en tant que femme. Bien d’autres rôles secondaires habitent ces pages.


Il y a plusieurs aspects particulièrement réussis dans ce roman. Tout d’abord, les descriptions de la nature (le livre est découpé au fil des saisons) mais aussi de l’âme des humains. Ensuite, on notera le talent d’Adam Foulds pour recréer des personnages connus en les présentant sous le filtre de la fiction, cela avec un naturel impressionnant. Le plus émouvant c’est John Clare, qu’Adam Foulds fait vivre avec une empathie peu commune.

« Le labyrinthe d’une vie sans aucune issue, chemins empruntés, lieux visités. »


Si le début de ma lecture a été laborieux car nombreux sont les personnages et divers leurs univers, je me suis laissée happer par l’écriture (et la traduction) lumineuse, picturale et sensible de Foulds.
La dépression de Clare qui vire à la folie ; l’impénétrabilité de Tennyson ; les tâtonnements d’Hannah ; l’ambition (folle ?) d’Allen : tout nous touche presqu’à en faire mal. Tous sont (hyper) sensibles, en recherche.

« Bien sûr, les poètes donnaient l’impression qu’ils étaient passionnants et merveilleux dans leurs poèmes ; la réalité ne pouvait qu’être différente. »


Roman intimiste, Le labyrinthe d’une vie ausculte des cœurs en quête avec grâce et subtilité. A découvrir.



Ce livre m’a été transmis par l’éditeur.

Neverwhere – Neil Gaiman

Neverwhere – Neil Gaiman
Neverwhere – Neil Gaiman
Headline Publishing Group, 2011, 400 pages
(VF : même titre chez J’ai Lu)


Richard Mayhew vit et travaille à Londres ; la normalité est son quotidien jusqu’au jour où il vient au secours d’une jeune femme blessée.


Rien de mieux qu’un livre de Neil Gaiman pour s’extraire d’une panne de lecture ou, tout simplement, pour passer un excellent moment. Gaiman est un conteur de talent qui vous embarque dans des aventures passionnantes et effrayantes à la fois, saupoudrées d’une bonne dose d’humour (c’est important). Moi qui suis assez rétive à la littérature de l’imaginaire, j’en suis à mon quatrième Gaiman et je ne compte pas m’arrêter là.


Des héros ordinaires ; des univers extraordinaires

C’est que l’auteur sait raconter de bonnes histoires peuplées de personnages inoubliables et de héros auxquels on peut facilement s’identifier parce que nous partageons les mêmes émotions à commencer par la peur et le sentiment de ne pas être équipés pour surmonter les épreuves qui se présentent.

Neverwhere est très classique dans sa construction mais l’imagination de Gaiman rend l’histoire unique. Ses inventions, et en particulier cet univers du dessous, personnages et lieux, sont incroyablement bien rendus, plus vrais que vrais. Et c’est certainement ce qui fait aussi que j’aime les livres de Gaiman : sa capacité à nous faire voir le quotidien autrement, au-delà des apparences, et à nous faire douter de ce que l'on prend pour la réalité. 


La joie de lire tout simplement

C’est aussi le plaisir de retrouver mon âme d’enfant, cet enfant qui dévorait des histoires sans se préoccuper du style et d’autres considérations d’adulte, mais cet enfant exigeant qui voulait de bonnes histoires qui fassent vibrer, frappent le cœur et l’esprit.
Les histoires de Gaiman sont destinés aux adultes qui n'ont pas renoncé à la vie aventureuse qu'offrent les livres qui font rêver (et cauchemarder - j'ai eu bien moins peur que je ne le craignais).



A recommander sans limites (et à lire en anglais si vous le pouvez) !